En souvenir…

Témoignage de Thérèse Blondeau

UNE INFIRMIERE DANS LE SEISME

Depuis six mois environ, lorsque je dormais dans ma maison je percevais quelquefois des bruits étranges, me donnant l’impression de venir du fond de la terre et remontant à la surface comme le font les bulles d’air dans l’eau pour venir mourir… dans ma cheminée. Et je me disais : « Je ne sais pas ce qui se passe là-dessous, mais cela ne doit pas être beau. »

Le mardi 23 février j’avais été de service toute la nuit à l’hôpital. Vers onze heures quarante cinq, comme je me rendais dans ma cuisine, j’eus un instant l’impression de marcher à reculons. Je pensais : « Je dors encore debout… ». En ville, j’appris que la terre avait tremblé… J’en ai ri.

Lundi dernier 29 février, la journée avait été splendide, comme à l’habituée. Le soleil, le chant des oiseaux, pas le moindre souffle de vent. L’Océan était calme. J’avais emporté, en partant au travail, des fleurs à vendre chez la fleuriste d’Agadir, dans le quartier européen. Et j’étais montée à pied jusqu’à l’hôpital. Je pris mon service à 19 heures. Travail normal : les piqûres, la surveillance des opérés de la journée, les entrants, les perfusions, les tensions artérielles, etc.

Mon bureau était au deuxième étage et je m’y tenais en permanence lorsque j’avais terminé les soins principaux dans le deux étages dont j’étais responsable -premier et deuxième étages. Je venais de mettre en ordre mes papiers, mon armoire à pharmacie était bien rangée et tout ce dont j’avais besoin était dedans.

Dans la cuisine, même étage, Soussy, le brave garçon de salle et Fatma Azi, la fille de salle du premier étage, avec lesquels je travaille la nuit depuis cinq ans, étaient en train de manger Ieur premier repas du soir, à cause du Ramadan. J’écrivis une lettre après avoir regardé quelques instants les catalogues de fleurs envoyés depuis peu par mon amie Madame Ponchaux, fleuriste à Paris. Les catalogues de fleurs étaient depuis toujours les compagnons de mes nuits d’hôpital, et ce soir-là, comme tant de fois, je m’étais levée de ma chaise, il était 23h 45 exactement. Je devais descendre au premier étage à minuit prendre les T.A. des opérés de la chambre 115.

Par la fenêtre grande ouverte, je respirais la nuit, avant d’aller retrouver d’autres odeurs moins agréables, accompagnée par mes rêves fleuris.

A cet instant où mon regard faisait le tour du panorama s’encadrant dans la fenêtre (la Kasbah, la mosquée) ce fut la catastrophe.

Dans un fracas d’apocalypse. l’hôpital se mit à danser en tous sens, le ciel à l’extérieur était tout rouge, et c’était l’obscurité autour de moi.

J’entendais dans le couloir la respiration asthmatique de mon pauvre Soussy, tremblant de peur, essayant de craquer une allumette et me disant: « T’as pas peur Mademoiselle, t’as pas peur… »

Dans ma tête, je me disais : « Cela ne finira jamais », et je décidais déjà des premières mesures à prendre. Je sentais le sol se dérober. Et c’était l’avalanche des vitres, des murs, de tout…

La première chose, c’était d’avoir de la lumière. Je me précipitais, espérant trouver, dans la salle des pansements où était l’armoire de nuit, une bougie que je gardais en réserve.

La terre tremblait encore et, ouvrant la porte de l’armoire, je recevais les médicaments et les bouteilles sur la tête. Je plongeais au fond du placard, mais je ne trouvais pas cette bougie. Les secondes étaient trop précieuses et je me sentais tout à coup avec la responsabilité (pour combien de minutes) de 150 opérés et malades… En un éclair, je fis mentalement le tour des chambres de ce deuxième étage où je me trouvais. Presque tous les opérés européens étaient accompagnés. Je criais : « Prenez vos enfants et vos femmes dans vos bras et descendez doucement. Ne vous affolez pas, je suis là, maintenant c’est fini… »

Soussy avait trouvé sa bougie. Cette bougie nous l’avons coupée en deux. Nous sommes partis, chacun d’un côté de l’étage, pour aider les valides à descendre.

Chambre 219, je trouvais un cardiaque coincé sous la bouteille à oxygène, je déplaçais la bouteille le plus vite possible. Au 214, une vieille marocaine à laquelle j’avais fait une piqûre calmante, dormait paisiblement et n’avait rien entendu… Je la tirais de son sommeil et de son lit, sans qu’elle ait le temps de comprendre. De même à l’autre extrémité de l’étage, un petit militaire français, opéré de l’appendicite. Je dus le réveiller de son sommeil artificiel.

Dans les chambres communes, j’aidais les opérés à se sauver avec leurs enfants, arrachant des lits couvertures et enfants. Tout à la fois. Au 223, il restait une dame européenne, dans le coma depuis plusieurs jours, et une fillette de dix ans, plâtrée.

Avant de descendre, je refis le tour des chambres, de toutes les chambres, pour être sûre de n’avoir oublié personne. Je descendis au premier étage. Le spectacle était encore plus terrifiant qu’au deuxième étage, Les murs étaient effondrés, les canalisations d’eau rompues. Entendant ma voix, les opérés se calmèrent un peu. Avec un infirmier du service des urgences, nous avons mis tous les bébés dans un grand panier. J’aidai dans la descente les semi-valides, les plâtrés, les boiteux. Je me retrouvai avec une lampe torche à la main, alors que j étais descendue du deuxième étage avec une bougie… Circonstance heureuse, car à cet étage, les rampes à oxygène étaient rompues. Si j’avais eu une bougie, une explosion était possible.

Chambre 122, une « fracturée » était en extension. Soussy brûla la grosse corde qui retenait les pieds et sortit la blessée. De la même façon, il délivra une opérée attachée au 115.

Chambre 117, c’était la salle commune réservée aux plâtrés, réservée aux femmes immobilisées par les plâtres énormes. J’étais désespérée ! Par qui commencer ? Je les déposais par terre, et, s’aidant de leurs mains et de leurs pieds, à travers les gravats et les morceaux de verre, ce fut un horrible mouvement de reptation… J’activais de mon mieux cet étrange cortège qui gagnait l’escalier ; qui descendait l’escalier. Et je revenais chercher des couvertures et des lits. Sauver d’autres infirmes. Je savais avoir laissé au deuxième étage la petite plâtrée.

Seule, faisant le tour du bâtiment au pas de course, par l’extérieur, je remontais les deux étages et descendais la petite fille dans mes bras, du côté des jardins.

Mais il y avait encore tout le service d’ophtalmologie… environ 25 hommes et femmes, presque tous aveugles!… Je criais à Soussy : ‘Vite, vite! ». Et nous sommes remontés les chercher. Ces pauvres gens, des bandeaux sur les yeux, invalides pour la plupart.. Et tout continuait à craquer autour de nous… Soussy tomba et perdit le reste de sa bougie.

Dès le premier instant j’avais lancé un S. O.S. au ciel et je me sentais protégée par une force surnaturelle.

Dans la salle d’ophtalmo, je rassemblai d’abord ceux qui marchaient, leur demandant de s’accrocher les uns aux autres, et je commençai à tirer les premiers vers le couloir, les décombres et l’escalier en leur disant : « Doucement, doucement », éclairant ce que, ces malheureux ne pouvaient voir, et les soutenant dans le virage de l’escalier, jusqu’à l’air libre, et retournant chercher les autres ainsi que leurs couvertures. Tout au fond de la grande salle restait un petit garçon, je l’enveloppai parmi les couvertures et jetai le tout sur mon dos. Je fis avec la lampe le tour des lits… C’est bien, il ne restait personne.

Dix fois peut-être nous sommes remontés, à trois, pour faire le sauvetage. Peut-être d’avantage, je ne sais plus. Mais je savais que la vieille dame du 223 était toujours là-haut dans le coma. Nous étions sur le terre plein de l’hôpital. Je cherchais Soussy et regardais le deuxième étage, J’allais dire… on y va… Mais, à ce moment-là, un nouveau fracas, du bruit, de la poussière… Nous avons assisté  l’effondrement de notre bel hôpital Lyautey. Il s’est affaissé sur lui-même, entraînant la vieille dame du 223…

Tout cela s’est passé si vite, si vite ! …

Le personnel de l’hôpital était arrivé… Les médecins de service, les internes, les infirmières, toutes les religieuses étaient indemnes.

Et c’était à qui de me dire : ‘Vous n’avez pas oublié celle-ci ou celle-là ? » L’une de nos malades était soignée depuis plus d’un an. Opérée et réopérée plusieurs fois ; je me souviens avoir débranché sa sonde vésicale, et l’avoir traînée dans le couloir, vers l’extérieur.

Un silence angoissant planait sur la ville. Rien ne bougeait. Aucun bruit ne venait du Talborjt, le quartier le plus populeux.

Les nouvelles commençaient à circuler… Le docteur C …. et sa femme, soeur d’une infirmière étaient tués; le docteur A… tué. Le chirurgien chef et sa famille étaient ensevelis sous leur villa. On parvint à les dégager, mais leur fille était morte. Un autre docteur avait perdu son fils unique ; Soussy apprenait que sa femme et son enfant étaient morts, et Fatma Azi, son mari…

Des infirmières, des infirmiers des ambulanciers logeant en ville manquaient à l’appel. On instaIlait des brancards de fortune, et à la lueur des phares de voitures, on commença à soigner les horribles plaies. Le bloc opératoire, séparé de l’aile principale de l’hôpital, était inutilisable. Des services du rez-de-chaussée, des urgences, de la pharmacie, on rapportait ce qui pouvait encore servir. Il restait des malades et des enfants à sauver au rez-de-chaussée mais c’était dans une aile sans étage, donc moins exposée, moins détruite. Au service de la maternité, au troisième étage, tout avait été sauvé par le personnel de service, avant l’effondrement des bâtiments.

Pendant ce temps, de la ville, très loin de la base aéronavale française, arrivaient les soldats avec leurs ambulances, les camions citernes apportaient l’eau qui nous manquait. C’était tout le réconfort de la présence française, les gars de chez nous, les pompons rouges et les bérets rouges, les marins et les zouaves. Pour évacuer cette foule sans cesse grandissante et qui nous submergeait, pour évacuer les blessés innombrables.

Par bonheur, il y avait de la place autour de nous. On rangeait les morts d’un côté, les blessés d’un autre et les valides un peu plus loin.

Comme elles ont paru longues, les heures qui ont suivi. Attendant les secours et le lever du jour. Par la pensée, je me retrouvais loin en arrière… en mai 1940… devant un même spectacle.

Enfin, le jour se leva. Les bâtiments administratifs et les deux extrémités de l’hôpital étaient seuls debout. Avec une autre infirmière en chemise de nuit, j’allai au pavillon des infirmières. Le hall, l’entrée, les murs, tout avait été disloqué, et par terre, le même amoncellement de gravats que dans l’hôpital avant l’effondrement.
Ma chambre était celle du milieu. Les chambres de mes collègues : murs défoncés, portes béantes, placards coincés ou arrachés… Au rez-de-chaussée, à droite, sur le côté du mur, il y avait toujours mon nom… Ma porte était fermée… Mon coeur battait Je cherchais mon trousseau de clés dans la poche de mon tablier sale… J’ai mis la clé dans la serrure et la porte s’est ouverte sans difficulté.
Mes bibelots étaient à leur place, le placard était fermé. De nombreuses boîtes vides (on n’est pas une vieille fille pour rien et je collectionne toujours des choses inutiles !) Cela a préservé des choses très fragiles, des souvenirs de ma chère maman. Sur mon divan, bien sûr, il y avait des briques et du plâtras. Le revêtement de la persienne était tombé du plafond. Je le prenais pour une porte et dans mon inconscience, je me demandais comment cette porte avait bien pu arriver chez moi… tout était disloqué mais debout. Je rendis grâce à Dieu en refermant la porte pour retourner vers les blessés.

Un peu plus tard, des camions de soldats faisaient sans cesse l’évacuation des blessés vers la B.A.N. Des autobus amenaient de nouveaux blessés et l’armée marocaine commençait le déblaiement et assurait le service d’ordre. En réponse à l’alerte donnée depuis Rabat, les grands hôpitaux du Maroc se tenaient prêts à recevoir les évacués. La France donnait son coeur, son sang et ses avions. En une seule journée les avions français ont évacué plus de 950 blessés.

Personnellement, il me restait à savoir ce qu’était devenu mon petit bled de Ben Sergao et ma maison, au km 6, en banlieue d’Agadir, sur la route de la B.A.N. Je demandais la permission au médecin-chef. Un camion me déposa à l’entrée de la piste, c’est le coeur battant que je fis dans le sable le kilomètre qui me séparait de ma propriété. Loin de ces visions d’horreur, à mesure que j’avançais, je retrouvais le calme et la sérénité. Les oiseaux chantaient, les palmiers immobiles semblaient plus que jamais monter la garde sur mes rêves.. Je venais de traverser ce qui restait d’une ville, hier encore splendide… et ce matin anéantie.

Des hôtels de grand luxe, de 5 ou 6 étages, devant l’Océan. Il ne restait que le grand ciel bleu et de petits tas de décombres. Des hôtels qui étaient plein de touristes. Ici un immeuble de sept étages, la toiture frôlait le pavé. Des ruines partout. Pas une seule maison qui son habitable.

Sur mon petit bled, il y avait toujours les grands oliviers, les palmiers, les choux, les jolies fleurs parfumées. Comme ils sentaient bon mes orangers fleuris !… Personne chez moi. Mon ouvrier n’était pas là. Il était presque midi. Ma maison était debout. J’ai fait le tour et mon bourricot m’adressa un grand salut. Partout dans la maison il y avait de grosses couches de poussière, des plâtras, des lézardes. Deux murs étaient par terre. Mais rien de mes chers bibelots n’était démoli. Pas même les cadres où la photo de maman veille et me protège. Alors je suis sortie et me suis mise à genoux sur la pelouse pour prier.

Dans le soleil sur l’herbe chaude, je me suis endormie. Une heure peut-être. J’ai attendu un moment, voulant remettre de l’ordre dans mes idées ; cherchant ce que je devais faire.

Bien que ce soit son jour de congé, mon brave ouvrier Mekki est venu. Sa maison du douar était fortement disloquée. Je lui ai offert de déménager et d’apporter toutes ses affaires, dans la petite maison à côté de la mienne, sur ma propriété. Sur le dos du bourricot, il a fait chaque jour des transports. Et le soir nous mangeons la cuisine arabe, cuite sur le feu de bois en plein air.

Je repartis et trouvai facilement, dans le flot des voitures, une âme charitable. On me dit :  » Vous seriez plus utile à la B.A.N., tout le personnel est là-bas et on évacue tout de suite les blessés sur Marrakech et Casablanca « . Je demandais donc au médecin-chef, l’autorisation d’aller à la base.
D’accord! Je repris un autre camion en sens inverse. Je retrouvais des centaines de blessés allongés. Des salles aménagées hâtivement. Des familles dispersées, des enfants sans parents, tout un monde en larmes. C’était l’après-midi, le chaud soleil était moins ardent sous les grands arbres où l’on déposait les grands blessés. Une salle d’opération fonctionnait sans relâche. Plusieurs autres salles recevaient ceux à qui il fallait faire d’urgence des perfusions, des transfusions. Je fis le tour, cherchant à quel endroit je pourrais être le plus utile. Dehors, je retrouvais des camarades que je connaissais. Blessés.
Et tout au fond d’un débarras, sur un brancard, je reconnus à grand peine, une infirmière de chez nous, le visage tellement tuméfié et les deux bras cassés.

Entre temps, j’avais vu arriver des médecins américains de l’U.S. Navy. Ils installaient un matériel d’urgence. Immédiatement, j’appelai le Capitaine pour lui montrer ma collègue et, avec un matelot américain, on se mit à la soigner, lui posant des attelles, ensuite, nous l’avons évacuée d’urgence par avion sur Marrakech. Elle me supplia de rechercher ses deux enfants, ensevelis avec elle sous son immeuble. Hélas ! ils étaient morts.

Le défilé continua. Il s’amplifia toute la soirée. Je passais la nuit à faire du brancardage et des transfusions. D’autres américains arrivaient en renfort. Avec un matériel formidable. Ils déchargeaient des lits pliants par centaines ainsi que des brancards. Ils arrivaient par avion de la base de Port Lyautey. Toute une équipe de chirurgiens et médecins espagnols renforçait l’équipe française et, sur le côté d’un jardin, on avait hissé le drapeau espagnol, pour signaler l’endroit aux ressortissants.

A l’aube, je rentrais chez moi pour quelques heures. Je ne pouvais me reposer alors qu’il restait tant de souffrances à soulager. Je repartis dans la matinée. Je passai par l’aérodrome civil. Des ambulances apportaient encore, sans arrêt, de nouveaux blessés sortis des décombres. Un poste d’urgence américain, arrivé dans la nuit, fonctionnait sous un immense hangar où étaient rangés des avions de tourisme. C’était la base américaine de Ben Guérir qui apportait ses hommes, ses réserves de ravitaillement et toujours des médicaments. Toute la journée et la nuit, j’ai travaillé avec les infirmières et les médecins de Ben Guérir. Nous avons embarqué dans les avions géants les blessés, sur des brancards spéciaux. Trente-deux blessés par avion. Tout se passait dans un ordre parfait. Les quadrimoteurs atterrissaient et décollaient en grand nombre. Le pont aérien… Je dormis quelques heures sous l’aile d’un avion et recommençai ensuite à faire du brancardage et des pansements.

Quand je revins à mon poste, le lendemain, l’équipe de Ben Guérir avait été remplacée par celle de la base de Nouaceur. Ce fut le même travail d’embarquement et de déchargement. Mais cette fois, les renforts américains arrivaient aussi par la route, avec d’immenses camions, avec des bulldozers. Les avions déchargeaient 15 tonnes de ravitaillement à la fois. Tout cela était enlevé immédiatement et distribué aux sinistrés répartis dans des camps. Le lendemain, nouvel arrivage. C’était la base de Sidi Slimane.

En ville, on retrait encore des blessés à évacuer sans délai. Enfin, vers le soir ce fut plus calme. J’étais tellement fatiguée… Un Capitaine me dit qu’il fallait rentrer chez moi. Et après m’avoir offert une collation, avec d’autres infirmiers, ils me reconduisirent en voiture, faisant sur la route et dans mon bled, des photos… en souvenir… Allemands et Italiens installèrent tout un hôpital de campagne militaire dans le grand centre d’hébergement d’Inezgane.

Je suis ce soir dans mon bled où j’écris ce récit. Demain, j’irai à Inezgane, km 10, où on a replié le personnel dans les locaux de ce qui était  » l’annexe de l’hôpital Lyautey « . Là on me donnera des ordres.

La terre tremble encore. Agadir, notre paradis est mort pour longtemps, mais j’espère qu’il renaîtra un jour. Aujourd’hui tout a été calme. On entend au loin les détonations du dynamitage, faisant sauter les immeubles encore debout. Aucune maison n’est habitable. On voudrait dégager les cadavres pour éviter les épidémies.

Passant chaque soir devant la chapelle de l’hôpital, avant de prendre mon service, je regardais la petite Vierge toute blanche, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras, et je lui disais :  » Notre Dame, j’ai confiance en vous, protégez ma nuit. Ce sera comme le Bon Dieu voudra.  »

Au matin de la catastrophe, je suis passée devant la chapelle. Sur les marches, devant la porte grande ouverte, gisait, cassée, la jolie statue de la Vierge toute blanche. Alors je me suis baissée et j’ai ramassé doucement la tête du Petit Jésus, j’ai rassemblé les morceaux pour les remettre aux religieuses. Dans mon coeur, je pleurais….

Agadir, le 7 mars 1960

Récit de Melle Thérèse Blondeau, infirmière diplômée d’État, affectée depuis de nombreuses années au service de nuit de l’hôpital Lyautey à Agadir

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