En souvenir…

Témoignage de René Simon

Quinze secondes pour mourir!

Ainsi s’intitulait le numéro spécial de la revue « Jour de France » de Mars 1960, relatant le drame que fut le tremblement de terre d’Agadir, survenu le lundi 29 Février 1960 à 23h45. Le nombre de victimes a été considérable (entre 20 000 et 30 000 morts).

Je ne sais pas si le nombre de victimes a pu être chiffré exactement car de nombreux douars, alentour, ont subi la secousse, détruisant les habitations de construction locale très sommaires, enfouissant les victimes.

Compte-tenu de la chaleur, dès le lendemain, les cadavres ont été enterrés dans des fosses communes creusées à la hâte par Bulldozer le long de la route de Bensergao et du quartier d’Anza.
C’est ainsi qu’après s’être assuré qu’il n’y avait plus de survivant, le douar du Yachech a été recouvert de chaux vive, deux jours après.

Agadir est une ville portuaire qui s’étend sur 14 kilomètres, le long du littoral Atlantique avec des tentacules vers l’intérieur, parfois sur 5 kilomètres Yachech) ou sur les hauteurs comme Talbordjt, Founti ou la Casbah.

C’est ce qui justifiait la nécessité d’un service d’autobus pour drainer la population vers les commerces du centre ville ou les souks de Talbordjt et du quartier Industriel ainsi que les nombreux employés du port (le plus grand port sardinier du Maroc).

La secousse principale de forte intensité (degré 9 sur l’échelle de Richter) avait été précédée une semaine avant vers 12h00 par une petite qui nous avait surpris, mais sans plus. Le jour même du séisme, à 11h45, une autre secousse un peu plus forte, que j’ai bien ressentie car j’étais assis à mon bureau, mais, comme elle fut brève (peut-être 2 à 3 secondes) cela ne m’a pas alarmé outre mesure.

À Agadir, j’habitais rue Chaptal, au quartier Industriel où se situaient les locaux de la Cie des Autobus d’Agadir dont j’étais le PDG J’occupais un appartement au 1er étage, au dessus des bureaux.

Le jour du séisme, j’étais resté à mon bureau jusqu’à 23h30 et je venais juste de me coucher quand la secousse s’est déclenchée; j’ai donc réalisé rapidement que cette fois, il y avait danger, d’autant plus qu’un bruit sombre, lugubre, que je ne saurai bien définir, semblait provenir des entrailles de la terre. Le bâtiment s’est mis à trembler, des étagères se sont décrochées; je ne peux pas dire combien de temps cela à duré; j’ai surtout pensé à alerter ma femme et mon fils (12 ans) que j’ai fait descendre immédiatement, tant bien que mal, car l’escalier d’accès avait subi des dégâts (rien de,comparable avec ce que j’ai pu constater ailleurs par la suite). Ma famille s’est installée dans un autobus, ainsi que de nombreux habitants du quartier, qui ont trouvé là un abri sécurisant.

En regardant vers le centre ville, j’ai vu un immense nuage de poussière et comme des lueurs d’incendie. Avec mon chef d’atelier, nous sommes partis en voiture pour voir ce qui se passait exactement et nous avons vite compris qu’il y avait beaucoup à faire.

Je suis revenu pour prendre un petit fourgon aménagé avec des banquettes latérales pour le transport du personnel. Une jeune fille de 20 ans (dont j’ai, hélas, oublié le nom) étant secouriste a tenu à m’accompagner, malgré ma réticence, compte tenu de ce que j’avais constaté, ainsi qu’un de nos employés marocains venu s’informer.

Je ne voudrais pas m’attarder sur l’état de tous les immeubles ou villas du centre ville, d’autres séismes importants qui ont sévi depuis, ont longuement été décrits par tous les médias.

D’après les augures, le sillon sismique aurait suivi l’oued Tildi qui se jette dans l’océan à l’entrée de la baie d’Agadir, ce qui explique les dégâts considérables de Yachech et de Talbordjt, les autres quartiers étant plus ponctuellement atteints en fonction des normes de construction.

Notre intervention a surtout consisté à récupérer les blessés, de toutes origines, entre des monceaux de cadavres et de les transporter jusqu’à la Base Aéronavale Française située à Bensergao distante de 6kms, où se situe l’actuel aéroport.

Nos blessés étaient pris en charge par les marins français et quelques bénévoles qui avaient installé un hôpital de campagne en plein air. Il faut préciser que depuis deux ou trois jours, nous subissions le chergui (vent chaud du sud) qui nous maintenait une température constante de plus de 40°C. Nous avons ainsi fait des navettes pendant plus de 24 heures dans des conditions épouvantables et je ne vanterai jamais assez la bravoure de la petite secouriste et de mon employé marocain. Les marins français ont également été admirables, travaillant et secourant jusqu’à l’épuisement; ils ont d’ailleurs laissé dans le coeur des Marocains, un souvenir inoubliable; ce que j’ai pu constater en 1961, lors du rapatriement définitif en France de toute la Base Aéronavale. Ils étaient venus en nombre au port, pour saluer leur départ et l’émotion se lisait sur leurs visages.

Dès le lendemain du séisme, une organisation sérieuse s’est mise en place et, personnellement, mon rôle était terminé. Par contre, j’ai du m’occuper de ma société et surtout de mon personnel et de leurs familles (environ 150 personnes), tous marocains. Pour cela, nous avons trouvé refuge dans la forêt d’Adenine (dite forêt des serpents) au sud des Aït-Melloul.

Pour subvenir aux besoins de toute ma troupe  » nous faisions des transports occasionnels dans toutes les directions et les recettes servaient à l’achat de denrées alimentaires et à l’entretien des véhicules, jusqu’à ce que nous puissions revenir sur Agadir qui avait été mis en quarantaine pendant un certain temps (j’ai oublié la durée), en raison du risque d’épidémie, aggravé par le chergui et pour éviter les pillages.

Aujourd’hui, Agadir est devenue une ville touristique moderne qui conserve tous, les avantages de sa situation géographique. J’ai eu l’occasion d’y retourner et j’ai apprécié tout ce qu’elle peut offrir aux touristes.

Pour ce qui me concerne, j’aurai toujours la nostalgie de l’Agadir d’avant 1960 où nous nous sentions au bout du monde, vivant peut-être égoïstement mais en bonne harmonie avec les marocains dont l’hospitalité était parfois touchante.

René SIMON

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