En souvenir…

Témoignage de Gilbert Le Gall

J’avais 6 ans en 1960, et mes soeurs jumelles étaient nées en Janvier, le 5 exactement.
Si le médecin qui a accouché ma mère, Jeannine, se souvient, il a donné une belle frayeur à mon père, ce jour là, en déclarant qu’il allait vérifier s’il y en avait pas un troisième.
Je n’ai comme souvenirs que des faits.
Je me souviens de la secousse de midi. Nos instituteurs nous ont fait sortir, et l’étage supérieur de mon école s’est légèrement désolidarisée du bätiment du bas.
Pendant la nuit, nous avons été réveillés par un bruit sourd, comme si un convoi de camions passait près de la maison.
Nous avons, malgrè tout, passé la nuit à l’intérieur.
Au réveil, les murs de la maison étaient lézardés, mais nous ne nous sommes pas rendu compte de la gravité de la situation, d’autant plus que nous habitions à INEZGANE, notre quartier ayant été préservé.
C’est mon père, qui en se rendant à son travail, a vu la ville d’AGADIR complètement ravagée par le séisme.
Je me souviens de mes parents s’inquiétant du sort de leus amis.
La nuit suivante, nous avons tous dormi dans la voiture, près d’un poteau électrique, jouxtant la maison. Je me souviens que cela avait été considéré comme une folie, car le poteau aurait pu écraser la voiture.
La nuit d’après, des tentes militaires ont été dréssées dans un terrain vague proche de notre maison.
Ma mère n’ayant plus de lait pour nourrir mes soeurs, nous avons été rapatriés en urgence.
Je me souviens du brouhaha de ce jour-là, à la base, dans l’avion, et surtout de mon mal de l’air.
Mon père, Jean Marie LE GALL, est resté sur place. Son combat consistait, en conduisant un tracteur servant à sortir les avions des hangars, équipé de deux remorques, à ramasser les corps pour qu’ils soient enterrés dans des tranchées communes.
Je me souviens à l’époque que des épidémies étaient vivement redoutées.
Je me souviens également de la crainte d’un raz-de-marée, qui heureusement n’a pas eu lieu, car il aurait au minimum doublé le nombre de victimes.
Il devait faire très chaud à cette période car mes parents mettaient une bassine d’eau tous les soirs dans la chambre de mes soeurs et ils la retrouvaient vide le matin.
Si je ne me souviens pas des noms, des lieux, des visages, je me souviens des navels, du vent de sable (le shargui), de nos promenades le soir sur le port à la recherche de la fraîcheur; de mon vélo, de ma mère m’apprenant à lire et à écrire …
Je ne suis pas retourné à AGADIR depuis alors que je suis marié à une marocaine dont le père est berbère.
Mais cela ne devrait pas tarder.
Je crois que nous avons tous été marqués par cette période, et ce, quelque soit notre age.

Gilbert LE GALL

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